Najwa Kakkous, députée du groupe Authenticité et Modernité à la Chambre des représentants et présidente de la commission thématique provisoire chargée de l'égalité et de la parité, a appelé à une révision en profondeur des concepts utilisés pour mesurer le chômage et le marché du travail au Maroc, estimant que le recours aux indicateurs traditionnels ne suffit plus pour appréhender les mutations sociales et économiques galopantes, ni pour évaluer l'efficacité des politiques publiques.
L'intervention de Kkos, dans le cadre de l'émission « Les clés de l'économie » sur Mid Radio, lors d'un débat consacré aux résultats de l'enquête nationale sur la population active, a permis de souligner que l'évolution des concepts est devenue une nécessité urgente pour comprendre la réalité vécue par les citoyens, en particulier les jeunes, les femmes et les groupes vulnérables.
Mme Kkous a salué la Haute Commission de la planification, qu'elle a décrite comme une institution indépendante qui fait preuve de neutralité et d'impartialité dans la production de données statistiques, soulignant que son rôle est essentiel pour fournir aux institutions nationales et internationales ainsi qu'aux acteurs publics des données fiables sur lesquelles s'appuyer pour la prise de décision.
Elle a toutefois souligné que le débat public sur le chômage restait depuis des années prisonnier de concepts traditionnels et réducteurs, qui ne reflètent pas la complexité de la réalité sociale, et a appelé à élargir la définition du chômeur afin d'y inclure également les personnes qui ont cessé de chercher du travail ou qui ont perdu tout espoir d'en trouver.
Elle a également soulevé des questions concernant les catégories qui ne sont pas correctement prises en compte dans les statistiques officielles, telles que les femmes au foyer et celles qui travaillent dans le secteur des soins familiaux non rémunérés, les étudiants et les stagiaires, ainsi que les personnes travaillant à temps partiel ou occupant des emplois précaires, estimant que ces situations sont souvent négligées malgré leur impact direct sur les indicateurs nationaux.
La porte-parole a souligné qu'un certain nombre de citoyens ne considèrent pas le travail à temps partiel ou temporaire comme un véritable emploi, car pour eux, la notion de travail est indissociable de la stabilité, des droits sociaux et de la dignité. Elle a ajouté que cet écart entre les perceptions sociales et les statistiques officielles creuse un fossé de confiance entre les citoyens et les institutions.
Dans ce contexte, Mme Kkos a estimé que l'élargissement des concepts permettrait une lecture plus précise de la réalité et contribuerait à limiter l'utilisation politique abusive des chiffres, mettant en garde contre les discours politiques qui font des promesses irréalistes liées aux indicateurs de l'emploi.
Elle a également appelé à renforcer le droit à l'information et à simplifier les indicateurs économiques et sociaux à l'intention des citoyens, estimant qu'une bonne compréhension des chiffres permet à la société d'évaluer objectivement les programmes et les politiques publiques.
Kakous s'est penchée sur la situation des diplômés, estimant que le problème ne concernait pas seulement la formation, mais aussi son adéquation avec les besoins du marché du travail, soulignant que ce dernier souffrait d'un manque d'innovation et d'ouverture, ce qui limitait sa capacité à créer suffisamment d'emplois.
Elle a également souligné que le système éducatif devait revoir son orientation, estimant que certains élèves sont orientés vers des filières qui ne correspondent ni à leurs capacités ni aux besoins de l'économie, ce qui conduit par la suite au chômage ou à la précarité professionnelle.
En évoquant les chiffres, elle a expliqué que se limiter aux indicateurs traditionnels du chômage ne reflétait pas la complexité de la réalité, soulignant que certaines statistiques ne tiennent pas compte des emplois à temps partiel ou précaires, alors même qu'ils n'offrent ni revenu stable ni protection sociale.
Elle a également souligné que les femmes constituent un groupe plus vulnérable sur le marché du travail, en particulier en milieu rural, où elles doivent supporter une double charge entre le travail informel et les responsabilités familiales non reconnues, précisant que le taux d'activité économique des femmes a reculé pour s'établir à environ 19 %, selon les données évoquées au cours du débat.
Elle a ajouté que les crises économiques, notamment les répercussions de la pandémie de Covid, ont mis en évidence une plus grande vulnérabilité chez les femmes, tant en termes de perte d'emploi que de retrait du marché du travail en raison des pressions sociales et économiques.
Mme Kkos a également appelé à une intégration plus poussée de la dimension de genre dans les politiques publiques et à une amélioration des conditions d'accès à un emploi décent et à la protection sociale, estimant que les femmes supportent un fardeau invisible que les indicateurs officiels ne reflètent pas pleinement.
En ce qui concerne les politiques publiques, Mme Kkos a souligné que la lutte contre le chômage exigeait une approche globale associant l'éducation, la formation et l'emploi, ainsi qu'une coordination entre les différents programmes sectoriels, qu'ils soient mis en œuvre par l'État ou par le secteur privé.
Elle a souligné la multiplicité des initiatives liées à l'emploi et à l'entrepreneuriat, estimant que le manque de coordination limite parfois l'efficacité de ces programmes et conduit à une dispersion des efforts.
Elle a également appelé à investir dans l'éducation et la formation, considérées comme un élément essentiel de toute réforme du marché du travail, tout en soulignant la nécessité d'adapter les parcours éducatifs aux mutations économiques et sociales.
Mme Kkos a conclu en soulignant que le développement d'outils d'analyse et de statistiques, et leur mise en relation avec la réalité sociale des citoyens, constituent une condition essentielle pour améliorer la qualité de la décision publique et renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions. Elle a estimé que les données précises ne sont pas de simples chiffres, mais un outil permettant de comprendre la société et d'élaborer des politiques plus justes et plus efficaces.
Mourad Benali