Abdelrahim Bouazza, membre du groupe parlementaire du Parti de l'authenticité et de la modernité (PAM), a affirmé que le projet de régionalisation avancée, en tant que choix stratégique de l'État marocain, était toujours en cours de mise en œuvre et d'évolution, soulignant que ce projet n'était pas un projet figé ou limité dans le temps ; mais un processus de réforme continu qui exige progressivité, accumulation et équilibre dans le transfert des compétences du centre vers les régions.
Lors d'une intervention dans l'émission « Hadith al-Parlement », lors d'un épisode consacré au thème « Les ateliers de la régionalisation avancée : entre délimitation des compétences et renforcement de l’efficacité de la gestion territoriale », que l’impression dominante d’un retard dans la mise en œuvre de ce projet s’explique par la nature même de la réforme, celle-ci étant liée à la restructuration des institutions de l’État et de leurs mécanismes de fonctionnement. Il a souligné que la mise en œuvre de la régionalisation ne se limite pas à la promulgation de lois, mais qu’il est également lié à la mise en place d’un ensemble de mécanismes, d’institutions et de dispositifs opérationnels capables de rendre effectives les compétences régionales.

Il a ajouté que ce processus a été connu par différentes démocraties à travers le monde, en particulier les pays qui ont fait de grands progrès en matière de décentralisation ou d'autogestion, soulignant que le succès de l'expérience marocaine reste subordonné à une décentralisation équilibrée des compétences, et de l'adoption du principe de déconcentration inscrit dans la Constitution, qui implique le transfert d'un certain nombre de compétences du centre vers les collectivités territoriales et les régions.
M. Bouazza a souligné que le transfert limité des compétences et l'inachèvement des processus de décentralisation administrative ont eu un impact direct sur la capacité des collectivités à réduire les disparités territoriales et à instaurer l'équité territoriale, ajoutant que cela nécessite également des élites régionales capables d’adopter un concept de développement fondé sur l’équité territoriale et la prise en compte des besoins réels de la population.
Il a noté qu'un certain nombre de programmes régionaux continuaient de souffrir d'un manque de ressources et de moyens, ce qui se répercutait sur l'impact réel des projets menés à bien, estimant que l'élimination définitive des disparités régionales était difficile compte tenu des spécificités et des conditions économiques et sociales propres à chaque région.
Il a souligné que l'enjeu principal ne réside pas seulement dans l'importance des budgets alloués, mais aussi dans la mise en place d'un véritable diagnostic participatif fondé sur les besoins réels de la population, à partir de la plus petite unité territoriale, qu'il s'agisse d'un hameau ou d'un quartier, en associant les citoyens et les élus à la proposition de projets et à l'élaboration des programmes de développement.
M. Bouazza a souligné que la phase actuelle exigeait de passer d'une approche axée sur les infrastructures et le béton à une approche fondée sur des projets structurants et créateurs d'emplois, précisant que le véritable développement territorial se mesure à la capacité des projets à créer de la richesse et à améliorer les conditions économiques et sociales de la population.
Dans ce contexte, il a évoqué l'expérience du programme d'électrification rurale lancé par le défunt roi Hassan II, estimant qu'il avait constitué une révolution en matière de développement qui avait permis d'atteindre des taux de couverture élevés ; il a toutefois souligné qu'un certain nombre de zones rurales souffraient encore d'une faible capacité énergétique, ce qui ne permettait pas de mettre en place des activités économiques ou des ateliers de production susceptibles de créer des emplois.
Il a ajouté que les projets publics doivent aujourd'hui s'adapter aux mutations économiques et sociales, en créant des zones dédiées aux services et aux activités productives et industrielles de petite envergure, au lieu de se contenter d'aménager uniquement les espaces et les infrastructures de base.
Il a également estimé que la nouvelle charte d'investissement constituait un moyen important de parvenir à une certaine équité dans la répartition des investissements et d'inciter les investisseurs à se tourner vers les régions qui souffraient d'un manque d'attractivité économique et d'éloignement des grands centres.
En ce qui concerne la réforme de la gouvernance des régions, M. Bouazza a souligné que le débat actuel sur le développement des mécanismes de mise en œuvre des programmes régionaux est un projet qui évolue de jour en jour, soulignant que la réforme de ces mécanismes constitue une étape importante pour surmonter les difficultés rencontrées par un certain nombre de projets territoriaux.
Il a souligné que la transformation des agences chargées de la mise en œuvre des projets en sociétés anonymes contribuerait à renforcer la concurrence, à améliorer la gestion des ressources humaines et à accroître l'efficacité dans la mise en œuvre des programmes de développement régionaux, estimant que ces modifications pourraient constituer un point de départ pour améliorer la gouvernance des projets et accélérer le rythme de leur réalisation au niveau local.
Mourad Benali