Fatima Ezzahra El Mansouri : de l’étape historique au défi du résultat

Par : Latifa Zbair*

Il y a des moments qui marquent une carrière politique, et d’autres qui marquent une époque. L’arrivée de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain appartient à cette seconde catégorie. Elle constitue une étape inédite dans l’histoire politique du Royaume, mais sa véritable portée ne se mesurera pas uniquement à la symbolique du moment. Elle se mesurera à ce qui viendra après.

Car une fois le symbole posé, commence l’essentiel : gouverner.

La première femme à accéder à la primature marocaine porte naturellement une dimension historique. Elle adresse aussi un message puissant sur la place des femmes dans les institutions et sur leur capacité à accéder aux plus hautes responsabilités. Mais cette dimension, aussi importante soit-elle, ne saurait constituer à elle seule le bilan d’une expérience gouvernementale.

Les Marocains attendent d’abord des réponses.

Réponses à la question du pouvoir d’achat, à celle de l’emploi, particulièrement chez les jeunes, à la qualité des services publics, aux disparités entre les territoires, à l’accès aux soins et à l’éducation. Ils attendent également que les grands projets qui transforment le pays produisent davantage d’effets sur l’économie réelle et sur les conditions de vie.

C’est là que commence le véritable défi de Fatima Ezzahra El Mansouri.

Son parcours lui donne une expérience particulière de l’action publique. Elle connaît la gestion d’une grande ville, pour avoir dirigé Marrakech. Elle connaît également les rouages de l’administration centrale et du gouvernement, ainsi que les exigences de la responsabilité politique. Cette trajectoire lui permet d’aborder la primature avec une expérience à plusieurs niveaux de la décision publique.

Mais aucune expérience ne dispense d’une obligation essentielle : obtenir des résultats.

Le premier défi sera politique. La nouvelle équipe gouvernementale devra être construite dans une configuration parlementaire issue des élections du 23 septembre 2026. La constitution d’une majorité cohérente, capable de dépasser les équilibres partisans et de maintenir une ligne gouvernementale claire, sera déterminante.

Il ne suffira donc pas de former un gouvernement. Il faudra construire une équipe capable de travailler ensemble, avec des priorités identifiées et une responsabilité clairement assumée devant les citoyens.

Le deuxième défi sera social.

Le pouvoir d’achat restera l’un des principaux indicateurs à partir desquels les citoyens apprécieront l’action du prochain gouvernement. Derrière les statistiques de croissance et les indicateurs macroéconomiques, il existe une réalité quotidienne : le coût du logement, de l’alimentation, des transports, de l’éducation et des services essentiels.

Une politique économique ne peut durablement convaincre que si ses effets sont perceptibles dans cette réalité quotidienne.

L’emploi constituera un autre test majeur. La question n’est plus seulement de créer des postes, mais de construire une économie capable d’offrir aux jeunes des perspectives professionnelles correspondant à leurs compétences et à leurs ambitions. Cela suppose une meilleure articulation entre l’éducation, la formation professionnelle, l’investissement et les besoins réels du marché du travail.

La jeunesse ne demande pas uniquement des programmes. Elle demande des perspectives.

Le troisième défi concerne les territoires.

Le Maroc a profondément changé au cours des dernières années. Ses infrastructures se sont développées, ses métropoles se sont transformées et plusieurs secteurs économiques ont connu une forte dynamique. Mais cette évolution ne doit pas masquer les écarts persistants entre les territoires.

La réussite du prochain gouvernement se mesurera aussi à sa capacité à faire du développement territorial une réalité quotidienne : écoles de qualité, structures de santé accessibles, transports efficaces, infrastructures adaptées et possibilités d’emploi au-delà des grands pôles économiques.

Sur ce terrain, l’expérience de Fatima Ezzahra El Mansouri dans la gestion territoriale peut constituer un atout. Elle devra cependant être prolongée par une politique nationale capable de réduire durablement les écarts entre les régions.

La santé et l’éducation seront, elles aussi, au cœur de l’équation.

La généralisation de la protection sociale a ouvert une nouvelle étape. Mais généraliser un droit ne signifie pas automatiquement garantir la même qualité de service à tous. Le défi consiste désormais à consolider les infrastructures, renforcer les ressources humaines et améliorer l’efficacité du système.

Dans l’éducation, la question est tout aussi fondamentale : préparer une génération capable de participer pleinement à l’économie de demain. Les infrastructures comptent, mais la qualité des apprentissages, la lutte contre le décrochage et l’adaptation des formations aux mutations économiques seront tout aussi déterminantes.

À ces dossiers s’ajoute un horizon exceptionnel : 2030.

L’organisation de la Coupe du monde avec l’Espagne et le Portugal représente une opportunité majeure pour le Maroc. Elle peut accélérer les investissements, stimuler le tourisme, renforcer l’attractivité des territoires et créer de nouvelles opportunités économiques. Mais elle impose également une exigence de cohérence : les infrastructures conçues pour cet événement devront s’inscrire dans un projet durable, au bénéfice des citoyens et des territoires bien au-delà de 2030.

Le prochain gouvernement devra donc gérer une équation complexe : répondre aux urgences du présent tout en préparant le Maroc de la prochaine décennie.

C’est probablement là que se situe le principal enjeu de cette nouvelle étape.

Car gouverner aujourd’hui, c’est arbitrer. Les attentes sont nombreuses, les ressources ne sont pas infinies et chaque engagement implique un choix budgétaire, économique et social. La crédibilité d’une politique publique dépendra donc autant de sa capacité à annoncer que de sa capacité à hiérarchiser, financer, exécuter et évaluer.

Cette exigence vaut également pour la place des femmes dans la vie publique.

Voir une femme accéder à la tête du gouvernement est une avancée importante. Mais l’enjeu véritable est de faire en sorte que cette expérience ne demeure pas exceptionnelle. La présence des femmes dans les centres de décision doit pouvoir s’inscrire dans une évolution plus large, fondée sur la compétence, l’expérience et la responsabilité.

C’est pourquoi la portée de cette étape dépassera nécessairement la personne de Fatima Ezzahra El Mansouri.

Si elle réussit à transformer cette responsabilité en résultats concrets, l’événement prendra une signification encore plus profonde : celle d’une étape ayant contribué à faire évoluer durablement la perception de la capacité des femmes à exercer les plus hautes fonctions de l’État.

Mais pour l’heure, l’heure n’est plus aux symboles.

Elle est au travail.

L’histoire retiendra la date et la portée de cette étape. Les citoyens, eux, regarderont les résultats : leur pouvoir d’achat, les opportunités offertes à leurs enfants, la qualité des soins, l’école de leurs enfants, les services publics de leur territoire et la capacité de l’État à tenir ses engagements.

C’est à cette aune que sera finalement appréciée cette nouvelle expérience.

De l’étape historique au défi du résultat : c’est désormais toute la question.

*Membre du Bureau régional de l’Organisation des Femmes du Parti Authenticité et Modernité (PAM) de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima

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